Le CEMTI soutient les travailleur·e·s précaires de l’ESR

Motion adoptée le 10 juin 2016 et publiée sur son site.

Par cette motion, le Centre d’Études sur les Médias, les Technologies et l’Internationalisation (CEMTI) entend apporter son soutien à la mobilisation du Collectif national des travailleur·e·s précaires de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (regroupant EC, BIATOSS, doctorant·e·s, docteur·e·s sans postes, vacataires, ATER, stagiaires, etc.).

En tant qu’équipe d’accueil, le CEMTI constate, année après année, le démantèlement du service public universitaire et de la recherche. Les budgets ne cessent de se réduire comme peau de chagrin, les conditions de travail se dégradent et la précarité des personnels de l’ESR semble devenir la norme. Le projet d’une Université formant à l’autonomie et à la critique et assurant des conditions d’exercice décentes à ses personnels et ses usager·e·s est sacrifié sur l’autel des réformes libérales de « simplification », de la marchandisation des savoirs, de l’utilitarisme et de la professionnalisation à tout crin. Les Universités sont toujours plus mal traitées par les gouvernements successifs et de plus en plus réduites, dans leur mission, à la formation de la main d’œuvre et du précariat des bassins d’emploi auxquels elles se trouvent géographiquement rattachées. Mais cette précarité qui attend nos étudiant·e·s est également le lot commun de nombre de collègues, au sein même des institutions de l’ESR : contrats de travail de courte durée, rémunérations ridiculement basses et différées, non respect du code du travail, etc. Elle vient par ailleurs nourrir l’idéologie réformatrice qui justifie sa politique de casse du service public par les dysfonctionnements existants, dont elle est pourtant à l’origine.

Aussi, nous nous réjouissons de la décision prise, par les différents collectifs locaux de précaires, de se fédérer à l’échelle nationale et de participer pleinement à la convergence des luttes des différents secteurs de l’ESR (notamment au travers de l’intersyndicale nationale), mais aussi de l’ESR avec d’autres secteurs du salariat. Nous soutenons donc les diverses initiatives du nouveau Collectif national des travailleur.e.s précaires de l’ESR, notamment dans le cadre du mouvement social contre la « Loi Travail » – laquelle ne fera qu’accentuer la difficulté à exercer nos métiers dans des conditions décentes, comme l’ont fait avant elle d’autres lois plus directement dirigées vers l’Université comme la LRU.

Nous appuyons l’ensemble de leurs revendications : retrait immédiat de la « Loi Travail », titularisation de tou·te·s les contractuel·le·s et vacataires de l’ESR travaillant sur des fonctions pérennes, financement massif de contrats doctoraux et de postes de titulaires à l’Université et dans la Recherche, réaffectation des subsides émanant du Crédit Impôt Recherche, audit public sur l’état de la précarité dans les Universités et les organismes de recherche, mensualisation du paiement des vacataires et des contractuel·le·s, respect du droit du travail, fin du travail gratuit et rémunération de toutes les activités invisibles effectuées par les non-titulaires, transparence dans l’attribution des postes, des contrats et des qualifications, abrogation des critères de nationalité dans l’accès aux postes et financements, attribution d’un titre de séjour de « travailleur·e » aux doctorant·e·s et docteur·e·s étranger·e·s, etc.

Le CEMTI appelle la communauté universitaire de Paris 8 à manifester un soutien analogue au sien et invite les personnels titulaires de l’ESR, et tout particulièrement les collègues enseignant·e·s-chercheur·e·s à manifester leur solidarité avec les travailleur·e·s précaires de l’ESR, notamment en participant aux mobilisations nationales contre la « Loi Travail » réunissant les différents secteurs en lutte. Le combat contre la précarité ne se gagnera qu’au prix d’un tel engagement et sans doute dans la durée. Les mobilisations en cours ne sont que le début de luttes ouvrant de nouveaux possibles, notamment au sein des institutions universitaires.

Saint-Denis, le 10 juin 2016