Annulation du CA de la ComUE Lille Nord de France le 9 mai 2016

Précaires ESR Lille – Journée de l’Europe – 9 Mai

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Doctorant·e·s, docteur·e·s sans postes, vacataires, stagiaires, travailleur·se·s précaires des différentes universités et écoles membres rattachées à la Communauté d’Universités et d’Etablissements (ComUE) « Lille Nord de France », nous nous sommes constitué·e·s en collectif des Précaires de l’ESR – Lille le 5 avril 2016 afin de lutter contre le projet de loi « Travail », de défendre nos droits et de revendiquer de meilleures conditions de travail. Nous rejoignons les luttes en cours qui vont dans le sens d’une amélioration des conditions d’existence de la majorité.

La loi Travail transfère dans le secteur privé des pratiques déjà bien connues des précaires de l’ESR. Nous faisons vivre l’université au quotidien en assurant une part importante des charges d’enseignement, de recherche et d’animation scientifique, à moindre coût pour l’Université.

Sans notre travail, l’Université n’est plus en mesure de fonctionner et pourtant, nous en sommes réduit·e·s à gérer notre précarité et celle, toujours plus écrasante, des universités : le démantèlement du service public universitaire a été organisé par 10 années de réformes néolibérales, faites de politiques d’austérité absurdes, de prolifération des normes et des acteurs du secteur privé, faussement légitimées par des conseils décisionnaires comme celui de la ComUE.

Nous ne tolérons plus cette situation, ni les abus qu’elle permet. Aujourd’hui, le collectif des Précaires de l’ESR de Lille est bien vivant, et vous devez entendre nos revendications.

I – Le Conseil d’Administration de la ComUE n’a pas de légitimité :

  • Nées d’une injonction de l’Etat à regrouper les universités dans chaque région, les statuts de des ComUE ont été rédigés sans consultation publique et fixés par décret. Un recours juridique sur ces statuts est en cours : quelle est la légitimité du CA à se réunir et prendre des décisions dans ces conditions ?
  • Nous nous opposons à cette superstructure antidémocratique et coûteuse qui ne fait que complexifier et contraindre les universités, tout en incorporant dans ses instances de décision des acteurs privés qui portent des projets aux antipodes des principes de service public. Sous des habits de rationalisation du service publique cette instance de contrôle supplémentaire éloigne encore un peu plus les premiers concernés des processus de décision qui les touchent directement.
  • La présence de La Catho dans la ComUE pose également question. Rappelons qu’il n’y dans cette organisation ni syndicats, ni réelle régulation des politiques salariales et que les accords collectifs de 2003 ne protègent pas les doctorants. Sa gestion des travailleur.ses précaires est déjà scandaleuse et sa présence au sein de la ComUE la met en position de décider avec et pour les Universités publiques des normes et des financements qui nous régissent. Dans ce cadre que compte faire la ComUe contre les abus de La Catho ? Que compte-elle faire contre les abus des autres universités ?
  • Les procédures d’« élection » des membres des conseils de la ComUE de Novembre 2015 ont été au mieux une parodie, au pire : une catastrophe. Un recours administratif est en cours tant les dysfonctionnements et les injustices ont été criants : 1 bureau de vote à Villeneuve d’Ascq pour Lille 1 et Lille 3 soit 38.500 étudiants contre 11 bureaux à La Catho soit 26.000 étudiants. Mêmes dysfonctionnements pour Valenciennes, Artois, Le littoral… Certains ont dû prendre des navettes pour participer à des élections dont les enjeux étaient inconnus des usagers et personnels de l’Université. Aucun bureau de vote à Cambrai ou Maubeuge. Même ceux qui ont fait l’effort d’aller voter ont pu avoir la surprise de ne pas se trouver sur les listes d’électeurs. Au final, le taux de participation à ces élections a été de moins de 5% dans toute la région : 95% d’abstention, quelle réussite !
  • Ce conseil ne contient pas de collège spécifiques pour les doctorant·e·s et jeunes chercheur.ses, alors que ne nous ne sommes ni étudiants, ni titulaires, et alors que vous avez un pouvoir sur les budgets qui font nos recrutements, sur les formations proposées et sur nos conditions de travail.
  • Les conseils de la COMUE ne sont en réalité que des chambres d’enregistrement de décisions prises en amont par le conseil restreint des 11 présidents d’université. La représentation des doctorant·e·s et jeunes chercheur.ses est à l’image des représentations de doctorant·e·s dans les autres conseils décisionnaires des université : du décoratif/participatif au mieux, mais jamais un lieu où l’on peut être entendu et décider de nos conditions de travail… Au contraire, comment comprendre que 3 « représentants des entreprises et du monde économique » puissent siéger ? L’Université n’est pas à vendre !

Nous refusons à ce conseil la prétention de nous représenter, de décider et trancher sur nos situations, de négocier des arrêtés sur nos conditions de travail, de passer des marchés publics, ou de remédier aux problèmes de précarité dans l’ESR.

II – Nous demandons :

  • La tenue de nouvelles élections avec un nombre de bureaux par universités proportionnel au nombre d’électeurs.
  • L’existence d’un collège jeunes chercheur·se·s et enseignant·e·s dans toutes les instances de discussion et de décision des universités.
  • Des contrats de recherche et d’enseignements financés sur le long terme pour les jeunes enseignant·e·s-chercheur·se·s.
  • La fin du recours massif aux vacations précaires, leur publicisation dans les bilans sociaux des Universités, la création de postes pérennes correspondant au nombre d’heures assurées par les vacataires précaires
  • La création de locaux spécifiques dans chaque unité de recherche et faculté pour travailler dans des conditions décentes, se socialiser avec d’autres jeunes chercheur·se·s et enseignant·e·s, et pouvoir se doter d’une animation et d’une représentation collective.
  • La création de mesures de recours et l’application de sanctions réelles à l’encontre des directeur/trices de thèse pour pallier des situations de harcèlement ou de défaut d’encadrement.
  • Une prise de position claire de la future ComUE contre l’austérité qui détruit nos conditions de travail et la qualité de l’enseignement supérieur public.
  • Le déblocage de fonds pour des postes et des contrats de recherche et d’enseignement plutôt que pour des projets clownesques tels « la thèse en 180 secondes » ou le festival « Pint of Science »…
  • Des formations de qualité correspondant aux demandes et aux besoins des jeunes chercheur.ses et enseignant·e·s

III – Nous sommes là et nous reviendrons.

« Ce conseil d’administration n’aura pas lieu. Nous, précaires de l’université, appuyés d’autres collectifs mobilisés, nous opposons à la tenue de cette réunion.

Pourquoi ? Pour marquer notre opposition à un système non représentatif dans lequel une petite classe sociale de dirigeants universitaires, économiques, mâles et politiciens, s’éloignent toujours plus des travailleurs de l’université et décident sans elles et eux de l’avenir de leurs conditions de travail.

Parce que nous savons que notre précarité ne fera qu’empirer si nous vous laissons organiser et gérer l’université selon vos modalités.

Nous savons que nos représentants, ceux des étudiants et des travailleurs précaires, n’auront pas les moyens d’empêcher la dégradation de nos conditions de travail, la réduction du nombre des postes et leur précarisation. En bref que ces phénomènes d’inégalité sociale à l’université n’empirent.

En bloquant cette réunion, nous revendiquons également le retrait de la loi travail. Ceux qui diront qu’il n’y a pas de rapport direct oublient que les évolutions actuelles de l’université suivent celles de la société néolibérale, elles vont dans le sens d’une dépossession des travailleurs au profit d’une petite classe de possédants-dirigeants.

Il faut vous y faire, aujourd’hui les luttes convergent, les travailleurs se retournent contre leurs dirigeants et leur demandent des comptes. Vous ne serez plus tranquilles, bonjour aujourd’hui et à la prochaine ! »