Lettre à la Présidence de l’Université Paris I

Il y a un an, notre collectif a présenté des candidat·es aux élections des Conseils centraux de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ces candidatures s’inscrivaient dans le cadre d’un mouvement unitaire des doctorant·es d’UFR diverses et de tout statut : non-financé·es, vacataires, contractuel·es, ATER. Par cette démarche, les doctorant·es souhaitaient porter la voix des trois mille personnes qui, bien souvent oublié·es, participent quotidiennement à la production scientifique, aux enseignements et au bon fonctionnement administratif de l’Université. Nos bons résultats à ces élections nous ont permis de siéger dans tous les Conseils centraux. Conscient·es de ses limites, nous avions choisi de jouer le jeu institutionnel en parallèle d’autres types de mobilisation. Un an plus tard, le bilan de cette activité est plus désastreux que nous aurions pu l’imaginer.

Voilà quelques semaines, la Charte que votre équipe a soumise à la Commission de la Recherche dans le but d’encadrer le doctorat a été adoptée sans qu’aucune des suggestions – y compris de syntaxe – des élu·es doctorant·es n’ait été examinée. Que penser d’un document portant sur le doctorat adopté contre l’ensemble des voix des représentant·es concerné·es ? Votre refus d’harmoniser les pratiques des écoles doctorales rompt avec le principe d’égalité entre vos personnels, ignore et invisibilise les méthodes illégales en vigueur dans certains départements. Vos composantes sont, il est vrai, coutumières du fait et vous semblez ignorer superbement les situations de travail gratuit et imposé que subissent certain·es des doctorant·es de votre université. Là encore, le texte encadrant ces pratiques a minima, proposé après nos nombreuses démarches de conciliation, a été réduit à la portion congrue par votre Conseil d’administration. Certaines de vos composantes ont publiquement annoncé qu’elles refuseraient de l’appliquer : quand vous déciderez-vous à faire respecter la loi dans votre établissement ? Enfin, la mensualisation des vacataires annoncée en grande pompe l’année dernière en réponse à la grève menée par les doctorant·es enseignant·es, semble bien loin d’être mise en place, et ce en dépit de la circulaire ministérielle du 25 mai 2017.

Non seulement le jeu institutionnel n’a pas fait significativement évoluer la situation des doctorant·es mais ces mandats, en mettant des noms et des visages sur ce mouvement collectif, ont donné lieu à de multiples pressions sur nos élu·es : simples remarques, mails collectifs voire traitements particuliers lors de prises de décision concernant les carrières. Paris 1 ne s’honore pas en donnant l’impression de réprimer un mouvement porteur de revendications légitimes.

Dans un contexte particulièrement tendu lié à la croissance de la population étudiante, sans accroissement correspondant du budget consacré à la recherche et à l’enseignement supérieur, c’est une erreur fondamentale de penser qu’il est possible de faire porter ce poids aux personnels les plus précaires, tout en maintenant ou en voulant améliorer le niveau d’excellence de nos universités. Les doctorant·es et jeunes docteur·es sont les chercheurs et chercheuses d’aujourd’hui et de demain. Ils et elles ont à cœur d’assurer à leurs étudiant·es des conditions d’études correctes et de participer, avec les personnels administratifs, à la construction d’une université ouverte et sereine sur ses conditions d’existence. Ce n’est pas en ignorant les conditions de précarité dans lesquelles vit une grande partie de la communauté universitaire que nous y parviendrons. Est-ce là la “modernité” dans laquelle vous promettiez d’inscrire Paris 1 ?

Finalement, seule la mobilisation sociale et ses actions directes auront porté quelques fruits pour les conditions de travail des doctorant·es de Paris 1. Si nous restons, naturellement, ouvert·es au dialogue, nous gardons ce constat à l’esprit.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président, en l’expression de nos respectueuses salutations.

Les doctorant·es mobilisé·es pour l’université.