Déclaration du collectif des non-titulaires de Paris 3

AG des personnels non-titulaires de l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
Lundi 14 mai 2018, 17h-19h, Maison de la Recherche

Nous, personnels non titulaires de l’ESR (doctorant·e·s, docteur·e·s, doctorant·e·s contractuel·le·s, ATERs, vacataires) rassemblés le 14 mai à la Maison de la Recherche de la Sorbonne Nouvelle, condamnons l’évacuation des étudiant·e·s par les forces de l’ordre dans la nuit du 29 au 30 avril sur le site de Censier, sur ordre de la Présidence de l’Université, et dénonçons la surveillance policière et les contrôles abusifs à l’entrée de l’Université depuis sa réouverture le 6 mai 2018. Dans ce contexte où le débat universitaire a été confisqué au profit de dispositifs disciplinaires, nous réaffirmons notre opposition à la réforme des Universités dans le cadre de la loi ORE et contestons les conditions de sa mise en place qui ont conduit les étudiant·e·s à occuper leur Université. Bien que non-titulaires, nous estimons notre engagement plus que légitime puisque nous assurons la majeure partie des enseignements dispensés en Licence.

Mis en place dans la précipitation par le gouvernement, supposément pour palier l’échec et les défaillances de la plateforme APB, le dispositif ParcourSup met à mal les principes fondateurs de l’Université française à au moins quatre niveaux :

  • Au niveau symbolique, il rompt avec l’idéal républicain d’accession à l’Université publique pour tou·te·s, quel·le que soit sa formation ou son milieu social. Le dispositif ParcourSup prévoit en effet de trier et classer les étudiant·e·s selon une série de critères pré-programmés. Parmi eux, les notes obtenues dans le secondaire, mais aussi, potentiellement, le lycée d’obtention du baccalauréat.
  • Au niveau éthique, le traitement qualitatif des dossiers des étudiant·e·s promis par la loi est impossible. Compte-tenu des délais imposés par le gouvernement, mais également des faibles moyens (humains, techniques, matériels) alloués à l’Université pour réaliser ce travail, seul un classement quantitatif, principalement basé sur les notes obtenues en 1ère, Terminale et au baccalauréat, est envisageable. Les fiches avenir ou les lettres de motivation ne seront donc pas prises en compte, contrairement à ce qui a été annoncé par l’Université ou le gouvernement. De plus, ce système ne permet plus la hiérarchisation des vœux, ce qui limite l’accès des étudiant·e·s aux filières de leur choix. Ceci constitue à la fois une rupture du contrat moral entre les étudiant·e·s, leurs parents et les enseignant·e·s qui s’étaient engagé·e·s à examiner qualitativement les dossiers lors de la Journée Portes Ouvertes de février 2018. Cela constitue en outre un mépris profond du travail fourni à la fois par les futur·e·s étudiant·e·s, qui se seront investi·e·s dans la rédaction de lettres de motivation et de CV pour rien, mais également par tous nos collègues du secondaire, dont les heures passées en conseils de classe à délibérer sur les vœux de tel·le ou tel·le élève ne sont pas reconnues.
  • Au niveau institutionnel, le dispositif ParcourSup s’inscrit dans le cadre d’une réforme plus large de l’Université française qui entend transformer l’accession au savoir en un vaste marché européen. Cette libéralisation de l’éducation et des connaissances est une porte ouverte à la mise en concurrence des Universités et des formations qu’elles proposent, ce, en dépit de leur statut d’établissement public.
  • Au niveau interne, enfin, le dispositif ParcourSup divise les forces supposément alliées des Universités en faisant peser la responsabilité des tris et classements des candidatures sur les départements qui, dès lors, se déchirent autour des critères à appliquer et de la mise en place du dispositif. Sur le plan pratique, nous rappelons que le dispositif est inapplicable en l’état, dû à un manque de moyens humains et financiers. En conséquence, les UFR se divisent et les tensions entre collègues, enseignant·e·s et administratifs, se multiplient, instaurant un climat délétère au cœur même de l’institution.

Face à la violence de cet outil imposé verticalement par un gouvernement qui veut diviser pour mieux régner, il importe de faire front et d’allier nos forces de contestation et de résistance.

Aussi :

  • Nous appelons les personnels enseignants et responsables pédagogiques à refuser la remontée des classements émis par les « paramétrages test » de ParcourSup à l’échelle des départements.
  • Nous refusons et appelons à refuser la saisie des notes et la tenue des jurys d’examens tant que la Présidence de l’Université n’aura pas renoncé à la mise en place du dispositif ParcourSup et pris en compte nos revendications.
  • Nous comptons sur la solidarité et le soutien des titulaires vis-à-vis de nos gestes et de nos revendications, et souhaitons qu’ils s’engagent auprès de nous dans la rétention des notes.
  • Nous dénonçons le statut précaire qui est le nôtre au sein de l’Université et lançons un appel de soutien aux syndicats. Nous réclamons de meilleures conditions de travail (mensualisation, défraiements des titres de transport, paiement intégral et sans délai des vacations en dépit des semaines de blocage, etc.)

Nous comptons sur vous,
Le Collectif Non-Titulaire