Avoir un doctorat, mais pas d’emploi !

(Cette tribune a été également publiée sur Le Monde le jeudi 18 mai 2017)

« Si vous vouliez trouver du travail, c’est un BTS qu’il fallait faire, pas une thèse ». Cette phrase a été adressée à l’un d’entre nous par sa conseillère Pôle emploi : elle figure parmi les témoignages collectés sur le site Doc en Stock afin de rendre visible la précarité subie par des milliers de titulaires d’un doctorat privés d’emploi stable.

Selon le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (CEREQ), le taux de chômage des docteur·e·s avoisine aujourd’hui 10 %. C’est trois fois plus qu’en Allemagne, en Angleterre ou aux États-Unis, qui forment pourtant davantage de docteur·e·s que la France. Nous souffrons surtout de l’incertitude liée à notre situation : une récente note d’information ministérielle souligne que moins d’un·e docteur·e sur deux dispose d’un poste fixe dans les cinq ans suivant sa soutenance de thèse.

Enseignement supérieur et recherche publique ? Un parcours du combattant !

Si l’enseignement supérieur et la recherche demeure « la voie royale » aux yeux de beaucoup de docteur·e·s, elle ressemble en fait à un parcours du combattant. Malgré des besoins en hausse dans les universités en raison de l’augmentation du nombre d’étudiant·e·s, les recrutements de titulaires ont baissé de près d’un quart en dix ans.

Alors qu’on dénombre dans chaque discipline des dizaines de candidat·e·s légitimes pour chaque poste, le manque de transparence des processus de recrutement suscite l’amertume de nombreux·ses postulant·e·s : critères de sélection informels, faibles durées des auditions, absence d’information ou d’explication des décisions, etc.

Pour consolider notre expérience tout en subvenant à nos besoins, nous assumons malgré tout une grande partie des activités académiques. Les mieux loti·e·s décrochent des contrats de recherche (post-doc), dont la durée (d’un mois à trois ans) et les conditions d’emploi sont très variables, et les modalités d’attribution souvent discrétionnaires.

Côté enseignement, c’est pire : il faut avoir un travail pour travailler à l’Université ! Une fois docteur·e·s, nous devons en effet justifier d’un autre employeur pour espérer faire des « vacations » : des cours payés à la tâche avec plusieurs mois de décalage et qui n’ouvrent pas droit à des allocations chômage. Les universités se délestent ainsi des cotisations sociales, tandis que ces revenus sont imposables.

Pour avoir le droit d’exercer notre métier, nous sommes nombreux à occuper en parallèle un emploi « alimentaire » sans rapport avec nos qualifications, ou à créer une micro-entreprise, paravent gestionnaire qui fait reposer sur nous le poids des charges administratives et fiscales. L’ubérisation de l’Université est déjà bien avancée !

Ces situations peuvent durer des années. L’âge moyen du recrutement s’élève à 34 ans, environ cinq ans après la soutenance de thèse (laquelle a souvent déjà pris autant de temps). Durant cette période, nous écrivons gratuitement des articles et participons à des colloques – souvent à nos frais – pour espérer accéder à un poste de titulaire.
Ce système ne peut se perpétuer que par la mise en concurrence et l’atomisation des conditions de travail, qui créent de la précarité à tous les niveaux sous couvert « d’autonomie des universités ». Quant à celles et ceux d’entre nous qui s’orientent vers d’autres secteurs, ils se heurtent à un cruel manque de reconnaissance.

Des compétences non reconnues dans la fonction publique et dans le privé

Dans la fonction publique, il n’existe pratiquement pas de voies d’accès dédiées aux titulaires d’un doctorat. Ce type de recrutement, pourtant encouragé par la loi, se heurte à la frilosité des administrations et des grands corps de l’État. À quoi bon disposer d’un diplôme de niveau bac +8 s’il faut encore prendre une année supplémentaire, sans revenu, pour passer des concours auxquels d’autres se préparent en master ? Forts de leur goût pour l’enseignement, de nombreux docteur·e·s passent néanmoins le CAPES ou l’agrégation, mais ce choix suppose de renoncer à la recherche.

Le doctorat n’est malheureusement pas mieux reconnu dans le secteur privé. D’après le rapport 2014 sur « l’état de l’emploi scientifique en France », les nombreux postes dédiés à la recherche au sein des entreprises sont majoritairement occupés par des diplômé·e·s d’écoles d’ingénieurs (55%) ou des titulaires d’un master universitaire (16%) plutôt que par des docteur·e·s (12%).
Pendant que les entreprises nous négligent, le montant du Crédit d’impôt recherche dont elles bénéficient a quintuplé en dix ans pour atteindre près de six milliards. Deux fois le budget total du CNRS. Sans parler du détournement massif par certaines grandes entreprises de cette niche fiscale, censée encourager leurs dépenses de recherche & développement. Autant d’argent et de compétences gâchés. En France, seul un·e docteur·e sur quatre est employé·e dans le secteur privé, contre un sur trois aux États-Unis. Confronté·e·s à l’absence de débouchés professionnels, nous sommes de plus en plus nombreux·ses à être contraint·e·s de nous expatrier.

Même le diplôme universitaire le plus élevé est un passeport vers la précarité

Ce tableau noir, c’est la vie quotidienne de toute une génération de docteur·e·s à l’avenir en suspens, avec tout ce que l’absence de contrat stable implique comme difficultés pour se loger ou pour fonder une famille, à souvent plus de 30 ans.

Ces situations ont des causes structurelles, dont nous ne sommes pas les seules victimes : baisse des moyens consacrés aux services publics, dérégulation du marché de l’emploi, multiplication des contrats temporaires sans couverture sociale…

L’Université subit elle aussi les conséquences des réformes néo-libérales qui produisent de la misère et détruisent le lien social. Aujourd’hui, en France, même le diplôme universitaire le plus élevé est un passeport vers la précarité.

 

Le Collectif des docteur·e·s sans poste fait partie du Collectif des travailleur·e·s précaires de l’enseignement supérieur et de la recherche

Mensualisation des vacataires : un appel au bon sens comme seule action du quinquennat

Le 25 avril, à quelques jours de la fin de son mandat, le gouvernement a publié une circulaire concernant les délais de paiement des vacataires de l’enseignement supérieur. Ce document suggère aux président·e·s d’Universités la mise en place de nouvelles règles pour la rentrée 2017-2018 et l’objectif « [d’]un rythme de versement mensuel » « dans le cas de vacations effectuées de façon régulière ». Il invite également à la transmission et à la signature des contrats de travail par les travailleur·se·s avant leur prise de fonction.

Si cette publication semble répondre à certaines des revendications exprimées lors des nombreuses mobilisations des collectifs en lutte au sein des Universités, il est en réalité difficile d’y voir autre chose qu’une reconnaissance symbolique et a minima. Ce document n’était pas contraignant – juridiquement, il n’a ni plus ni moins de valeur qu’une « note de service » – les administrations des Universités pourront décider de tout simplement ignorer ce rappel à l’ordre, et surtout au droit. Sa formulation même (« L’objectif que nous pouvons nous fixer est d’atteindre… ») laisse transparaître l’absence de volonté du gouvernement de réellement lutter contre ces pratiques. Ainsi, après des années d’inaction lorsqu’il était en capacité d’agir, le ministère se contente ici de rappeler aux président·e·s d’Université le bon sens et le droit les plus élémentaires, d’une manière qui pourra être défaite aussitôt le nouveau gouvernement nommé.
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Mensualisation à Lille 2, une victoire en appelle d’autres

Après 9 mois de lutte, plusieurs blocages des conseils de la COMUE, des actions de sensibilisation envers les étudiant·e·s et les personnels de l’université de Lille et plusieurs rencontres avec les président·e·s d’Université et responsables des ressources humaines, Lille 2 et Lille 1 ont décidé de mensualiser le paiement des vacations. À Lille 2, les composantes ont demandé cette semaine aux vacataires de déclarer leurs heures afin de les payer, à Lille 1 la direction entre dans le même processus. C’est une petite victoire pour le collectif des précaires qui se bat depuis mai dernier pour porter – entre autre – cette revendication simple : les travailleur·se·s de l’Université doivent être payé·e·s tous les mois pour le travail effectué.
Tout n’est pas gagné pour autant : les délais incompréhensibles de traitement des dossiers obligent à ne payer les heures travaillées qu’avec un délai de deux mois. C’est mieux que la situation initiale (les vacataires déclaraient leurs heures à la fin du semestre, en mai, pour être payé·e·s – au mieux – en juillet), mais c’est toujours trop long. De nombreux·ses vacataires ne pourront pas profiter de cette mesure immédiatement, parce qu’en février, six semaines après le début des cours, leurs dossiers n’ont toujours pas été validés par l’administration et qu’ils et elles n’ont toujours pas signé de contrat. La mensualisation risque de ne bénéficier qu’à quelques personnes.
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Mobilisation et revendications du Comité local des Travailleurs Précaires du CNAM

Synthèse des problématiques et des démarches.

Suite à la confrontation de plusieurs doctorant·e·s contractuel·le·s du CNAM à des délais de traitement de leurs indemnités chômage les privant de ressources, et à la non-rétroactivité du paiement des mois dus, nous avons entamé cet été une mobilisation qui s’est rapidement trouvée en affinités avec les démarches et revendications du collectif national des Travailleurs Précaires de l’ESR telles que nous les a notamment exposées un représentant du collectif convié au CNAM.
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La parité à l’université : quelques clés de lecture

Note du Collectif de Paris IV, à partir du rapport d’information de l’Assemblée nationale du 24 avril 2013, consultable ici.

(In)égalités

i1007-2

Les hommes et les femmes bénéficient formellement des mêmes droits mais on continue à observer d’importantes inégalités, qui touchent tous les métiers (chercheurs/chercheuses mais aussi personnels de bibliothèques, administratifs, etc). Seulement 27 % des chercheurs sont des chercheuses, ce qui est mieux que l’Allemagne (23 %) mais très inférieur à l’Italie, l’Espagne, le Portugal (respectivement 33 %, 37 % et 40 %).

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Communiqué des doctorant·e·s Mobilisé·e·s à l’adresse des instances de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Nous vous signalons qu’à ce jour le traitement du mois de décembre des ATER leur a été incomplètement versé. Pour les ATER à mi-temps d’enseignement il leur reste dû entre 150 et 200 euros ; et pour les ATER à temps plein d’enseignement entre 350 et 400 euros. L’Université ne leur a pas non plus versé la moitié de la prime annuelle d’enseignement et de recherche, pourtant versée avec le traitement de décembre. Pour les premiers cela représente 270 euros euros et pour les seconds 539,75 euros.
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BibCNRS : les docteur.e.s sans postes sans accès aux revues ?

Au cours des dernières semaines, sans avertissement, les différents portails d’accès aux publications scientifiques ont été remplacés par un nouveau portail intitulé BibCNRS, où l’accès y devient individualisé. Cela exclut de fait les sans-postes, avec des conséquences évidentes quant à leur capacité à poursuivre des recherches.
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Présentation du Collectif des Docteur·e·s sans poste

Notre initiative s’inscrit dans la dynamique du Collectif national des travailleur·e·s précaires de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR), avec lequel nous articulons différentes luttes localement et nationalement. Face à la précarisation massive et de longue durée dans l’ESR, ce collectif vise à répondre à un problème spécifique : celui de l’atomisation des précaires après l’obtention de leur doctorat, en particulier lorsqu’ils ne sont plus véritablement liés à un laboratoire de recherche et quand ils travaillent dans plusieurs établissements, ce qui les rend extrêmement vulnérables en raison de leur isolement.
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Remarques sur l’édition 2016 de l’état de l’emploi scientifique

Publication statistique biennale, l’État de l’emploi scientifique rassemble des études et statistiques permettant d’éclairer les différents domaines d’activité des personnels qui relèvent de l’emploi scientifique en France. Le Collectif doctoral de Paris-Sorbonne a rassemblé les principales informations concernant le doctorat en Lettres et Sciences Humaines. Les figures présentées ici sont extraites de ce rapport, p. 36 à 63.

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